Les limites du site web de l’Express sur les limites de la bienveillance

Comme toujours, les réseaux sociaux me fournissent un troll article de qualité. #cynisme.

Résumé : une blogueuse, un coach/conférencier et une psychanalyste papote autour de l’éducation positive/bienveillante. La blogueuse et la psychanalyste disent que c’est bof, le coach défend le bout de gras. L’auteur (de l’article) semble orienté son article du côté blogueuse/psychanalyste.

Ce que je retiens de ce que j’ai lu : Ils sont passé à côté du concept. En fait, je crois que l’express (comme d’hab?) et la blogueuse (c’est une source, ça, une blogueuse?) sont passés à côté de pas mal de point et rendent très bancal. Ça ressemble à la critique de l’autonomie d’une voiture dont on ignorerait l’emplacement de la trappe à essence. Je vais reprendre rapidement certains passages histoires de non pas rétablir une vérité, mais plutôt à replacer les choses dans le bon ordre.

Claude Halmos : « Ils ont tendance à se replier sur une enfance prolongée pour mettre leur progéniture à l’abri de cette violence. Ce sont les parents qui disent à tout bout de champ : « il est encore petit, on ne peut pas lui interdire ça’. » « 

Elle, c’est la psy. On en reparlera. Concernant son propos, il peut sembler assez évident que protéger son enfant, c’est un peu la base. Pourquoi pourrait-on le reprocher aux parents ? Et sa citation des parents ça veut dire quoi exactement ? On peut en savoir plus ? C’est quel âge « petit » ? Parce que s’il y a un truc rapide à comprendre avec les enfants, c’est qu’ils sont quand même un peu 1er degré pendant longtemps, et clairement, grondé un enfant de moins de 4 ans, à part lui créer une relation de crainte entre le parent et l’enfant, ce n’est pas vraiment constructif.

Shivmama :  « Je me mettais à la place de mes enfants quand ils faisaient un caprice. Je tâchais de ne pas considérer la crise, mais le ‘pourquoi’ de la crise. » Rapidement, la jeune mère se rend compte du caractère chronophage de l’exercice.
« D’ailleurs, dans les vidéos sur Internet, on parle toujours d’un seul enfant et de couple traditionnel. »

Les enfants, chronophages ? Euh … sans déconner. Les méthodes « bienveillantes » (avis perso : quel terme de merde…) consistent en effet à déceler les raisons qui poussent les enfants à agir. Il est très agité, cri, et pleurs avec ses jeux le soir ? Il n’a pas de problème avec les jeux, il a surement faim, ou est fatigué. Sauf qu’il ne sait pas le dire, parce qu’il ne sait pas gérer ses émotions. Ce n’est pas un caprice, c’est un besoin primaire (la pyramide de maslow, ça vaut ce que ça vaut, mais y a de l’idée quand même). Oui, au début c’est chronophage, parce qu’on joue avec lui, on essaie de l’accompagner, ça marche pas, on comprend pas pourquoi, c’est chiant. Mais c’est comme le reste. On prend le pli, et on réagit de plus en plus vite parce que c’est quand même toujours le même truc. L’autre solution c’est quoi ? Le punir ? Le coller dans sa chambre en attendant le repas ? Si je résume, soit on montre à l’enfant qu’on le comprend et qu’il peut avoir confiance en nous, soit on lui montre qu’il y a une barrière d’incompréhension entre lui et son parent. Concernant l’éducation de plusieurs enfants, c’est vrai que le changement de méthode alors qu’on a plusieurs enfants, c’est pas facile. Mais sinon, y a des tétrachiés de groupes facebook sur le sujet, avec plein de famille nombreuse dedans.

« On veut nous faire croire que tous les parents peuvent y arriver sans tenir le moindre compte du bagage personnel de chacun »

Alors tiens, autant avant on peut parler de « chacun sa méthode », autant là, non, c’est manque de maitrise du sujet. Mais c’est normal hein, l’éducation ça sert long et dur, rempli d’échec, et de truc ou on apprend au fil du temps. Donc ici, clairement, un précepte de l’éducation bienveillante, c’est de commencer par faire un état des lieux de sa propre éducation, pour comprendre de quel point on part. Isabelle Filiozat, en parle dans son bouquin « Au cœur des émotion de l’enfant », dont on peut lire un extrait sur le sujet ici par la sur le lien qui se clique. Et comme notre blogueuse déçue à l’air d’aimer les vidéos, Zazafifi partage sur sa page Youtube une tripoté de chose. Alors bien sur les conférences sont longues, mais que voulez-vous, faut ce qu’il faut, mais ça s’écoute dans la voiture ou dans les transports, sur plusieurs trajets si besoin.

Claude Halmos estime que l’éducation positive présente une version édulcorée de la vie à des fins marketing.

Celle-là elle est drôle. Parce que, pour revenir un peu à de la zététique, faut voir qui est Claude Halmos. Bon, elle est psychiatre, mais elle est aussi auteure, de plein de bouquin pas tout à fait dans le thème de la bienveillance. Donc forcément, les trucs bienveillants, ça prêche contre sa paroisse. Vous le sentez le conflit d’intérêt là ? Attention, je ne dis pas que les travaux d’Halmos valent rien, je dis juste que critiquer une pratique commercial qu’un pratique soit même c’est … pas très honnête. Et clairement, tout ce qui est un peu nouveaux est en général très peu apprécié par cette psychanalyste. Elle avait raconté beaucoup de chose pas très exacte sur les nouvelles recommandations du carnet de santé. Ce qui avait déclenchait l’ire de la Cofam. Au final, Claude Halmos est plutôt une polémiste cachée derrière le titre, déjà polémique, de psychanalyste. (Oui, ça reste un avis personnel, mais bon).

L’Express : Elle les encouragerait surtout à expurger de leur caractère tout penchant négatif. Se laisser à la colère ou à l’agacement, c’est en effet prendre le risque de voir son enfant reproduire ce comportement.

Là encore, méconnaissance d’un des fondamentaux du sujet. La gestion des émotions est un point important, et on trouve dans tous les bouquins « bienveillants » un truc du genre « accompagner son enfant quand il ressent des choses ». Que ça soit la peur, la frustration ou la colère, il y plein de façon d’aider l’enfant à l’exprimer (des exemples par-là). Quant à notre colère d’adulte, il est essentiel de montrer que 1) on a le droit d’être en colère 2) que la colère peut être gérer sans cris (oui, les cris d’adulte, ceux que nous, adultes, on est censé savoir gérer). C’est un sentiment comme un autre, et il est ressenti par tout le monde. Pourquoi aurait-on le droit en tant qu’adulte de crier et taper du poing sur la table, alors que l’enfant non ? C’est l’adulte qui est censé avoir l’expérience émotionnelle qui lui permet de rester dans le contrôle. Ceci dit, peu d’adulte on le droit d’exprimer et d’avoir de la considération pour tous les sentiments qu’ils ont eu enfant, et il implicitement difficile de faire différemment de ce qu’on a connu étant enfant (voir plus l’extrait de Filiozat). L’exemple extrême étant les enfants battus qui battent leur enfant une fois parent, et de façon plus courante, voir les explications ici tiré du bouquin de Catherine Gueguen.

Claude Halmos : « Un enfant a besoin d’avoir une place mais pas toute la place, estime quant à elle Claude Halmos. Il est important qu’il sache que son papa et sa maman ne sont pas seulement des parents, qu’ils ont une vie. C’est cela qui lui donne envie de grandir. »

Oui… et ? En quoi est ce incompatible avec le reste ? La plus ou moins grande taille du cadre ou des limites a-t’elle une influence sur la place de l’enfant ? Parce que si on est super rigide avec l’enfant, qu’on lui donne des règles strictes, et qu’un passe son temps à vérifier qu’il n’y déroge pas, et bien le temps de « non parentalité » va se réduire également. Dîtes, madame la psychanalyste, vous ne seriez pas en train de confondre « laxisme » et éducation positive ? Quoique les parents « laxistes » ont souvent beaucoup de temps pour eux, vu qu’ils laissent vivre leurs enfants tranquilles.

Pour la gestion des limites dans le cadre d’une éducation bienveillante, on citera le simple et concis Poser des limites à son enfants – et le respecter de C. Dumonteil Kremer.

L’Express : « Pourtant, selon une étude parue en 2015 et relayée par le site Slate, « la trop grande implication des parents hélicoptères empêche les enfants d’apprendre à gérer leurs déceptions. » « 

Comme sur le paragraphe si dessus. Le fait d’être un parent hélicoptère n’est pas propre à la bienveillance. Et comme dis au dessus, un truc de base de la bienveillance, c’est d’apprendre à gérer les émotions, y compris la déception.

Claude Halmos : « Les émotions négatives, comme la colère, la frustration ou la peur ont pourtant leur rôle à jouer. Elles n’auraient pas les effets délétères qu’imaginent les partisans de l’éducation positive. […] Or, on oublie que l’éducation ne sert pas juste à faire une ‘belle’ enfance mais à préparer à la vie future.

Je pense que si vous avez lu l’article jusque là, vous savez ce que je vais répondre ? Qu’elle est à côté de la plaque. Donc si les livres de Filiozat, Riou ou Dumonteil Kremer sont un peu too much, je lui conseille le très joli « La couleur des émotions », conseillé par les trois suscités, qui parle de peur, de colère et de tristesse (mais aussi de joie, de sérénité et d’amour).L’éducation a pour but de fournir le bagage de compétence et émotionnelle nécessaire à l’épanouissement. Ce qui est compris dans le paquet « éducation bienveillante ». Quand on laisse l’enfant se faire sa propre expérience, il passe de toute façon par des périodes de frustration qui seront suffisamment intense pour que les parents n’est pas à le frustrer « pour qu’il apprenne tôt ». La vie est suffisamment une pute pour apprendre très tôt qu’elle est dure. Et le rôle de l’éducation de consolider la confiance en soi de l’enfant au travers de son accompagnement. Le contraire, i.e. la brimade ou l’apprentissage par la frustration et la résilience n’est qu’une façon de plus d’entraîner vers la perte de confiance en soi.

« Les parents doivent reprendre confiance en eux en ayant à l’esprit un principe fort, confie Claude Halmos. Un enfant qui est aimé le sait profondément. Il ne confond jamais un parent maltraitant avec un parent de mauvaise humeur. »

Non. Juste, non. C’est quoi la différence entre la crainte de la colère d’un parent maltraitant et la crainte de la colère d’un parent de mauvais humeur ? C’est quoi la différence entre les cris d’un parent maltraitant et les cris d’un parent de mauvais humeur ? C’est quoi la différence entre la claque d’un parent maltraitant et la claque d’un parent de mauvais humeur ?

Ça me rappelle une histoire de bon et de mauvais chasseur. On est d’accord que la confiance en soit d’un parent est une chose importante, c’est une clé d’une bonne dynamique éducative, mais encore une fois, ce n’est pas incompatible avec la bienveillance, bien au contraire. Pour ce qui est d’avoir un principe fort, c’est idem. On peut être bienveillant avec des principes forts, et des principes à géométrie variable (est ce grave si parfois on laisse l’enfant se couché plus tard alors qu’on avait dit que jamais on le ferait). Mais concernant ce qui est appelé « parent de mauvais humeur », d’autre appelle sa la violence éducative ordinaire, et il existe des trouzaines de preuves scientifiques de leur impacts (punition, maltraitance, humiliation) sur la vie d’adulte.

Bref, la conclusion c’est que cet article est à côté de la plaque, principalement parce qu’il sous entend que l’éducation bienveillante c’est du laxisme et la porte ouverte à l’enfant roi.

Si on se place du point de l’argumentation utilisé, c’est celle de l’homme de paille. Wikipédia :

L’épouvantail, parfois appelé « argument de l’homme de paille » par traduction fautive de l’expression anglaise « straw man », est un sophisme qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée. Créer un argument épouvantail consiste à formuler un argument facilement réfutable puis à l’attribuer à son opposant.

Tant qu’on est dans la rhétorique, je dirais que la blogueuse sert de repère d’identification au lecteur et à la lectrice. « C’est un parent en galère, comme moi ». La psychanalyste sert de caution scientifique un poil moisie, genre « j’étais dans le domaine y a 20 ans ». Le coach bienveillant lui est probablement pour arrondir le tout et donner l’impression d’impartialité, histoire de mettre un peu de sucre sur ce caca d’article surfant sur la mode du cassage de sucre sur le dos d’un mode d’éducation alternatif. L’Express et le putaclic, c’est devenu une véritable histoire d’amour.

L’éducation, c’est dur, on a des conseils de partout, et y a autant de méthode qu’il y a de parents, et surtout, il n’y pas de parents parfait. Mais ne pas être parfait ne signifie pas qu’il n’y pas d’effort à fournir. Avoir des enfants, c’est chronophage, c’est fatiguant, c’est exaltant, c’est gratifiant. Mais considéré que c’est mieux d’éduquer dans la contrainte sous prétexte de principe fort, ou qu’on peut se permettre avec eux des choses qu’on ne ferait pas avec les autres, c’est probablement à côté de la plaque. Pour finir et illustrer en vidéo (pour shiv’mama, elle aime bien les vidéos j’imagine) :

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